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Compte-rendu de la conférence publique

Christina Jürges

EST-IL POSSIBLE DE VAINCRE LES FAMINES DANS LE MONDE ?


LE RÔLE DE LA FAO, L'ORGANISATION DES NATIONS UNIES 
POUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE


Organisée par : l’Association Canadienne pour les Nations Unies – Grand Montréal

Date : Mercredi 16 novembre 2011 de 18h30 à 20h30

Lieu : Pavillon Athanase-David, UQAM, salle D-R200, 1440, rue Saint-Denis

Conférenciers : Florence Rolle, agent principal de liaison, FAO, Washington, DC, Raphaël Yimga Tatchi, expert en développement rural – sécurité alimentaire


Mots de bienvenue et remerciement des partenaires par Michel Duval, secrétaire de l’ACNU-Grand Montréal


Mots de bienvenue et introduction à la conférence par Louise Lamarre Proulx, présidente de l’ACNU-Grand Montréal

Mme Lamarre Proulx parle de la mission de l’ACNU-Grand Montréal qui est entre autres de « faire connaître les Nations Unies ». Mme Lamarre Proulx affiche et présente l’organigramme intitulé « Le système des Nations Unies », qui peut être trouvé sur le site des Nations Unies, sur le lien suivant : http://www.un.org/fr/aboutun/structure/org_chart.shtml.

Ensuite, la présidente attire l’attention sur la conférence du 18 janvier 2012 portant sur « le rapport mondial de l’ONUDC sur les drogues 2011 » ainsi que sur la conférence qui se tiendra le 21 mars 2012 sur le mouvement coopératif comme outil de développement avec la conférencière Mme Anne Gaboury.

La présidente indique le sujet de la présente conférence, qui est « la famine » et le rôle de la FAO.


Présentation des deux conférenciers et de leur travail par Michel Duval, secrétaire de l’ACNU-Grand Montréal


Communication de Raphaël Yimga Tatchi, expert en développement rural – sécurité alimentaire

Monsieur Yimga Tatchi remercie l’ACNU pour l’invitation à la conférence.

Monsieur Monsieur Yimga Tatchi commence sa communication en constatant que la faim existe dans des villes comme Montréal ou New York, mais que le contexte dans lequel on parle de la famine ce soir est différent.

À l’aide d’une présentation Powerpoint, Monsieur Yimga Tatchi affiche la structure de sa communication : il présente entre autres

· un « cadrage thématique et géographique »

· les « déterminants majeurs des crises alimentaires récurrents au Sahel

· ainsi que l’interrogation : « et si la sécheresse n’expliquerait pas tout ».

Monsieur Yimga Tatchi indique la définition du terme « famine » selon Larousse comme : « un manque total d’aliments dans une région pendant une certaine période ». Il nomme les exemples des famines au Niger, au Tchad, au Mali (en 2010) et à la corne d’Afrique (en 2011). Il parle des « communautés entières qui sont incapables à collectivement assurer durablement leur propre alimentation ». Monsieur Yimga Tatchi explique également qu’environ 300.000 enfants meurent chaque année comme conséquence de malnutrition. Il constate que le Sahel se trouve dans une situation particulièrement difficile. Dans le cas du Niger, la plupart des seize millions habitants vit dans le sud.

Au sujet des « déterminants majeurs des crises alimentaires au Sahel », Monsieur Yimga Tatchi évoque des éléments comme

· la « floraison de titres et ouvrages sur l’histoires des crises alimentaires » (en lien avec l’histoire de la colonisation)

· l’ « irrégularité de la pluviométrie tant sur le plan spatial que temporel ». Ici, Monsieur Yimga Tatchi distingue entre « deux ordres de cause des crises alimentaires » : les « causes conjoncturelles » (par exemple le climat) et les « causes structurelles » (par exemple le système de production, la pauvreté, les politiques et stratégies alimentaires inadaptées et les dynamiques démographiques).

Monsieur Yimga Tatchi fait également le lien entre les famines et la situation politique difficile (par exemple les coups d’États) dans les régions de crise. Il résume que « les crises alimentaires au Sahel comme au Niger sont la résultante d’un faisceau complexe de facteurs ancrés dans les dispositifs socio-économiques, les contingences politico-militaires et techniques, à l’échelle de l’ensemble de la société ».

Au sujet de la sécheresse au Niger, Monsieur Yimga Tatchi constate que le manque de pluie comme argument n’est pas suffisant. Les crises alimentaires des années précédentes (par exemple celles-ci des années 2004/5 ou 2007) peuvent être expliquées par des facteurs particuliers (comme l’invasion des criquets en 2007). Cependant, ces arguments sont insuffisants pour expliquer les crises alimentaires des années suivantes. Monsieur Yimga Tatchi souligne le fait qu’il faut lutter contre les facteurs qui causent la crise et non pas seulement contre la crise elle-même.

En 2010, Monsieur Yimga Tatchi s’est demandé quelles sont les ressources disponibles : selon lui, les ressources souterraines sont les plus importantes. Le Niger dispose également de zones humides, mais il faut se poser la question pourquoi celles-ci ne sont pas utilisées de la bonne façon ? Monsieur Yimga Tatchi souligne que la nature seule n’explique par la mauvaise situation alimentaire. Il note également qu’aujourd’hui, le Niger est retourné à la démocratie.

Monsieur Yimga Tatchi se pose la question comment sortir des crises alimentaires. Il explique que

· « les interventions humanitaires ne font pas tomber la pluie, n’organisent pas les producteurs à la base, n’organisent pas les filières agricoles et d’élevage, ne développent pas de nouvelles variétés de semences, ne modifient pas les rapports de force autour de l’accès à la terre, ne favorisent pas l’accès durable aux ressources financières, ne vulgarisent pas les itinéraires techniques agricoles, ne transforment pas les conseils municipaux et institutions communales, ne développent pas les capacités nationales à mettre en œuvre effectivement les choix politiques, elles n’augmentent pas les budgets des ministères, ne luttent pas contre la corruption ».

Pour conclure, Monsieur Yimga Tatchi présente quelques mesures urgentes pour améliorer la situation alimentaire. Il faut

· « sortir de l’urgence humanitaire » et gérer les risques des crises alimentaires,

· « sortir de la religion des bailleurs de fonds étrangers », et

· « arrêter de compter sur la pluie ».

Monsieur Yimga Tatchi attire l’attention sur l’« initiative 3N » : « Les Nigériens nourrissent les Nigériens ».


Communication de Florence Rolle, agent principal de liaison, FAO, Washington, DC

Mme Rolle s’interroge sur la question s’il est possible de vaincre les famines dans le monde. Au cours de ses années de travail, elle a notamment passé trois ans en Éthiopie sur le terrain et à Rome où elle a fait des analyses globales.

Selon Mme Rolle, les famines sont non seulement un problème national, mais aussi un problème global. Mme Rolle affiche le « FAO Hunger Map 2010 » : elle indique que l’Afrique subsaharienne est particulièrement affectée par les famines. Elle explique que les « pays en crise prolongée » se trouvent dans une situation particulièrement grave, ils souffrent d’une « gouvernance faible » qui lie à des famines.

Mme Rolle constate qu’il faut investir dans le secteur de l’agriculture. Comparé à l’investissement dans d’autres secteurs, l’investissement dans l’agriculture a un impact important sur les pauvres. Selon elle, investir dans l’agriculture veut dire réduire la faim. Cet acte lutte en même temps contre la pauvreté.

Mme Rolle montre que les investissements publics internationaux dans l’agriculture ont diminué dans le passé. Cependant, aujourd’hui, on voit une volonté de revenir à l’agriculture. Il faut noter que l’aide publique internationale ne constitue que 2% à 3% de l’investissement total, il s’agit donc d’une très petite part. Les investissements de capital fixe en agriculture ont ralenti.

Selon Mme Rolle, les deux facteurs clé pour lutter contre la faim sont

1) l’investissement et

2) les gouvernements stables.

Les prix des denrées alimentaires dans les pays ont augmenté pendant la crise (exemples : le riz, le blé, le maïs). La sous-nutrition a augmenté notamment dans les pays importateurs de denrées alimentaires. Dans plusieurs pays, on observe une augmentation des prix qui est accompagnée d’un abaissement de la sous-nutrition. Dans ces cas, les pays profitent de l’augmentation des prix. Dans d’autres cas, l’augmentation des prix est accompagnée par l’augmentation de la sous-nutrition. Ces pays souffrent donc des conséquences négatives.

Au sujet de la question « comment vaincre les famines », Mme Rolle nomme l’exemple du Brésil et de ses politiques nationales de combat de la faim. Les éléments stratégiques sont :

1. l’ « engagement politique »

2. un « système de protection pour les pauvres » (des programmes pour l’emploi et pour la croissance des revenus).

Dans cette stratégie, le cadre institutionnel est d’une grande importance. Il est aussi important d’avoir à sa disposition des ressources destinées à cette cause. Ce type de programme fut également réalisé dans d’autres pays, comme au Malawi, au Kenya, en Mozambique, en Zambie, en Éthiopie et d’autres. Le Ghana a été le récipiendaire du prix mondial de l’alimentation pour son programme exemplaire.

La FAO a été fondée au Québec en 1945. Mme Rolle s’interroge sur la situation de la FAO 65 ans plus tôt. Elle explique que les propositions d’autrefois sont similaires à celles d’aujourd’hui. Cependant, elle constate que la mise en place des propositions à la conférence en 1974 a échouée. Aujourd’hui, plusieurs changements sont en train d’être mise en place : il s’agit

· d’une « réforme en profondeur de la FAO » : tous les pays étaient d’accord qu’une évaluation de la FAO était nécessaire. Néanmoins, il est devenu évident que la FAO est une organisation importante ayant un rôle clé.

· d’une « réforme des autres institutions et des centres de recherche »

· d’une « réforme du Comité pour la Sécurité Alimentaire »

· de l’établissement des « partenariats plus forts » et de l’élection d’un nouveau directeur général de la FAO.

Mme Rolle souligne que la « réduction de la faim » constitue un but important pour le nouveau directeur général de la FAO, José Graziano da Silva (venant du Brésil).


Période de questions


Q: Est-ce que vous croyez encore à l’ONU et à ses compétences? Peut-on vraiment reformer l’ONU?

A (Florence Rolle): L’ONU est excessivement complexe. La FAO est une agence spécialisée qui répond à la « conférence » qui est formée de 199 membres qui ont des besoins différents. En plus, il y a de nombreux mécanismes globaux qui entrent en jeu.


Q: Personnellement, je crois à l’ONU. La volonté principale politique est souvent contrariée à la volonté des organisations comme la FAO. Cela souligne le besoin des organisations comme l’ONU. Ma question : pensez-vous que les pays qui souffrent de la famine, comme la Chine, le Brésil ou l’Inde, et qui ont réussi à s’attaquer au problème, vont ouvrir un chemin pour d’autres pays?

A (Florence Rolle): Personne n’a la réponse, mais les choses laissent prévoir que la situation s’améliora et qu’on va avancer.


Q : Est-ce que le sujet de la famine était toujours prédominant pour la FAO?

A (Florence Rolle): La pauvreté et la faim étaient des missions clé pour la FAO dès le début. D’autres aspects importants sont entre autres : le développement agricole durable, la malnutrition et les problèmes environnementaux.


Q : La FAO est-elle est un organe politisé?

A (Florence Rolle) : La FAO fonctionne sur deux modes : le budget annuel de la FAO, soit $600.000.000, venant des différents pays (un pays correspond à un vote), et le produit intérieur brut (PIB). Il y a aussi des ressources extrabudgétaires. Les donateurs ont des politiques d’assistance différentes : tandis qu’un pays favorise la cause des femmes, un autre pays attribue de l’importance à une cause différente.


Q : Ma première question : quelle est votre opinion sur la pêche illégale en Somalie?

Ma deuxième question : la Somalie se distingue dans une vingtaine de productions. Est-ce que le problème n’est pas plutôt une mauvaise intervention quand il s’agit des fonds qui sont donnés par l’ONU et la FAO? Est-ce qu’ils investissent dans les mauvaises industries?

A (Florence Rolle) : Mme Rolle n’a pas d’informations sur la pêche illégale en Somalie. En ce qui concerne l’investissement, la FAO travaille avec ce qui existe en place. La FAO adapte son intervention aux conditions actuelles dans les pays. Dans le cas de la Somalie, elle fait face à un gouvernement qui n’est pas stable et à un système bancaire particulier (qui fonctionne sans institution bancaire).


Remerciement des conférenciers, résumé de la conférence et des idées exprimées, ouverture de la réflexion et mots de conclusion par Mme Hélène Delisle

Vaincre les famines récurrentes au Niger - Présentation de Raphaël Yimga Tatchi

Est-il possible de vaincre les famines dans le monde?
Association Canadienne des Nations Unies (ACNU), Grand Montréal, UQAM, le 16 Novembre 2011

Contribution au débat de M. Raphael Yimga Tatchi, yimgaraphael@yahoo.ca

1. Propos liminaires Mesdames et messieurs, chers amis bonsoir.

Permettez-moi, avant de rentrer dans le vif du sujet de dire ici toute ma profonde gratitude à l’endroit de l’Association Canadienne des Nations Unies (ACNU), Grand Montréal, pour l’honneur qu’elle me fait avec la présente invitation, de venir échanger avec vous sur un sujet d’une telle importance, les famines dans le monde.

La présente occasion est d’autant plus intéressante pour moi plutôt un « ouvrier des terrains de la famine », que cette conférence se joue assez loin des terrains réels où meurent effectivement des êtres humains parce qu’ils ont faim… Selon l’UNICEF, plus de 300.000 enfants meurent de malnutrition chaque année au Sahel. Plus de 10 millions de personnes y ont été victimes d’insécurité alimentaire. La distance d’avec « ces champs d’opération », pourrait donc favoriser des opportunités d’échanges sereins et instructifs. Je l’espère vivement. Indirectement confrontés que nous sommes dans cette salle à la réalité souvent brutale du sujet plutôt très sensible en débat ce soir.

Au-delà de la simple curiosité scientifique, académique ou simplement de culture générale, au-delà des reportages dans les médias marqués de forts relents de commisération, mon ambition ici aujourd’hui consiste à éclairer autrement ce vieux débat, un phénomène qui chaque jour attente à l’humanité intrinsèque d’un milliard d’individus (selon des nombreuses sources concordantes) en différents endroits de ce système-monde… Et notre présence là, nombreux, concernés, j’allais dire « INDIGNES », constitue à mon sens la preuve que nous restons encore sur notre faim sur les questions de famine dans le monde. Nous avons faim de savoirs et de connaissances sur la famine…

Mon propos va s’articuler autour de 5 points qui se complètent mutuellement :
♣ Un cadrage thématique et géographique rapide
♣ Une esquisse du tableau des déterminants majeurs des crises alimentaires récurrentes au Sahel
♣ Une interrogation : Et si la sécheresse n’expliquait pas tout au Niger?
♣ Tentative : Comment sortir des crises alimentaires, nutritionnelles et pastorales récurrentes au Sahel, le cas du Niger
♣ Enfin… Quelques points en conclusion


2. Cadrage thématique et géographique de l’analyse

Comprenons-nous donc bien. Et ce d’entrée de jeu. Mon propos ici ne souhaite aucunement insinuer que près de nous à Montréal ici, Toronto ou à New York, des poches d’insécurité alimentaire n’existent pas. Que non. Seulement, je voudrais traiter ici de la famine comprise comme « un manque total d’aliments dans une région pendant une période » (Larousse, 2009). Elle se pose, s’expose ou même explose massivement, à intervalles de moins en moins grandes et avec une ampleur telle que l’attention de personne n’y échappe désormais. Les dégâts humanitaires s’imposent à tous. Les images de leurs conséquences aux plans nutritionnel et sanitaire à la fois sur les personnes et leur bétail font la Une des médias. Pensez à certains pays de la bande Sahélo-saharienne dont le Niger, le Tchad, le Mali courant l’année 2010. Et la Corne de l’Afrique, nous y sommes encore en 2011!

Ce dont nous parlons ce soir touche à la survie de communautés humaines entières, souvent plus de la moitié de la population dans des pays dans ce monde, qui se trouvent confrontées assez régulièrement au même problème de leur incapacité collective à assurer durablement et de manière autonome leur propre alimentation.

Assez régulièrement donc, cette responsabilité de se nourrir, consubstantielle à tout établissement humain normalement constitué, de manière récurrente donc, cet impératif constitutif de toute société humaine, de chaque cellule humaine de pouvoir assurer souverainement et dignement ses besoins alimentaires, se trouve tout à fait anormalement et sur une base plutôt régulière, être prise en charge par autrui et dans le cas d’espèce par la solidarité internationale.

Est-il possible de vaincre les famines dans le monde? Les famines sont-elles une fatalité? Ou plus précisément est-il possible de débarrasser les parties du monde encore systématiquement meurtries par ce fléau? Mieux, comment faire en sorte que des communautés humaines, quelques soient leurs conditions sociales et l’endroit de leur établissement, ne se trouvent pas en situations de « manque d’aliments qui fait qu’une population souffre de la faim » (Le Nouveau Petit Robert, 2007)?

Vous convenez avec moi qu’il s’agit là de questions d’une telle complexité que l’espace de notre conversation de ce soir ne suffirait à couvrir. La présentation de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO), l’institution mondiale à laquelle le système des Nations Unies a décidé de confier la mission de s’assurer que la famine ne participe nulle part dans le monde, du quotidien des êtres humains nous permettra de la découvrir dans toute sa grandeur. Je vais me concentrer à vous entraîner, tout en gardant à l’esprit les termes généraux des problématiques globales de la famine, sur des terrains auxquels je suis plus familier.

Mes trajectoires professionnelles de cette dernière décennie m’ont transporté sur de nombreuses pistes des mondes ruraux d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Sa bande sahélo-saharienne en particulier, entendue comme cette zone de transition entre le Sahara et la zone dite soudanaise.

Le Sahel, les régions arides et semi-arides de ces deux sous-régions d’Afrique, revendiquent et ce depuis des décennies, les pires records dans les classements mondiaux en matière de crises alimentaires et famines. Pour ne pas trop vous égarer dans les méandres des situations sociopolitiques et économiques bien complexes de ces deux sous-régions, j’ai fait le choix de me référer essentiellement au cas particulier du Niger.


3. Les déterminants des crises alimentaires récurrentes au Sahel

Je ne vous surprendrais pas en vous révélant que plusieurs titres et ouvrages existent sur l’histoire des crises alimentaires au Niger... C’est désormais une branche dans l’industrie du savoir sur l’Afrique, à tout le moins en construction. C’est dire toute l’ampleur prise ces dernières décennies au Sahel en général par ce phénomène.

Sans sous-estimer l’ampleur ou même la pertinence des nuances dans la formulation des explications selon qu’il s’agisse des paysans, des responsables politiques nationaux, des Ong, des institutions de recherche agricole, financières, de développement, des autres acteurs des sociétés civiles nationales, régionales ou internationales, le tableau que je vais esquisser ci-après se veut une compréhension généralement partagée des crises alimentaires au Sahel.

Alors, que disent les historiens et experts des famines au Niger [Je peux rapidement citer Alpha Boureima Gado, Maxime Banoin, Jean Pierre Guengant, etc] notamment quant à ses déterminants majeurs? Une revue même rapide de la littérature spécialisée est très riche en enseignements :


♣ Le phénomène remonte à l’époque coloniale et l’accession à la souveraineté internationale en 1960 n’a en rien changé le profil général;
♣ Les pluies y tombent très irrégulièrement tant sur le plan spatial que temporel;
♣ Aussi, un complexe de facteurs interactifs influence (climat, démographie, épidémies, épizooties, invasions acridiennes, systèmes socio-politiques, économiques et culturels inadaptés, etc.) considérablement leurs stratégies d’adaptation à ce milieu très particulier;
♣ Les productions végétales et animales pluviales sont donc sujettes à une chaîne d’impératifs environnementaux.


Globalement, ils retiennent deux ordres de causes des crises alimentaires :♣ Les causes conjoncturelles
♣ Les causes structurelles


La première catégorie de causes majeures revoie à des circonstances particulières (catastrophe naturelle) occasionnant une pénurie généralisée (Yayé et Alpha Gado, 2006). Quatre sous-catégories de catastrophes naturelles sont assez courantes dans l’espace sahélien et à l’origine des crises alimentaires :• Les catastrophes hydrométéorologiques : sécheresse, tempête de sable, inondations ;
• L’action des ennemis des cultures (criquets, rongeurs, oiseaux granivores, chenilles, etc.) ;
• Les crises démographiques : Les épidémies et épizooties, les exodes massifs.
• Les autres catastrophes : les conflits armés, les incendies, etc.


La seconde catégorie, les causes structurelles ou chroniques se rapportent quant à celles aux dysfonctionnements de divers ordres qui radicalement affectent les capacités primaires des ménages à accéder aux moyens et ressources essentielles (foncier, capital bétail, l’eau, revenus, pouvoir, droits, etc). Toute chose qui les place individuellement et collectivement dans des conditions d’extrême vulnérabilité. Dans un tel contexte, il est courant d’assister à des situations de disponibilité de ressources alimentaires mais d’incapacités financières à y accéder. Dès lors, on parlerait mieux de crises des moyens de subsistance. Parmi les principales causes structurelles à l’origine des crises alimentaires on peut citer : • Les systèmes de production inopérants;
• Les dynamiques démographiques non maîtrisées (De plus de 16 millions d’habitants aujourd’hui, la population du Niger passera à près de 25 millions en 2025 et 50 millions en 2050 d’après les projections des spécialistes. La moyenne d’enfant par femme y étant supérieure à 7 enfants);
• La vulnérabilité et la pauvreté structurelles ;
• La déstructuration des réseaux d’entraide et de solidarité ;
• Les politiques et stratégies alimentaires inadaptées.


Il se dégage assez clairement donc que pour de nombreux analystes et acteurs sur les terrains, les crises alimentaires au Sahel comme au Niger sont la résultante d’une combinaison d’un faisceau complexe de facteurs à la fois ponctuels/circonstanciels/conjoncturels et structurels, plus ancrés dans des dispositifs socio-économiques, les contingences politico-militaires et techniques à l’échelle de l’ensemble de la société.

Il n’empêche que malgré ces éclairages, il s’est construit au fil des dernières décennies une tenace croyance que les infidélités de la nature (sécheresse, pluviométries capricieuses, etc) seraient la cause principale des crises alimentaires récurrentes au Sahel en général. Malgré les évolutions positives dans les dispositifs régionaux et internationaux depuis la mise en place du CILSS au lendemain de la crise de 1974 avec d’importantes capacités de production de savoirs et connaissances, de prévisions météorologiques sur le Sahel en général (Le Centre régional AGRHYMET, ACMAD, ICRISAT, etc), cette dernière décennie au Sahel a été plutôt riche de situations de catastrophes humanitaires.


4. Et si la sécheresse n’expliquait pas tout au Niger?

Quand j’arrive au Niger en Novembre 2003 pour travailler en milieu rural sur quelques enjeux en rapport avec les conflits entre opérateurs ruraux (éleveurs et agriculteurs essentiellement), le contexte de l’époque est celui de la mise en œuvre effective du processus de la décentralisation. J’avoue que j’étais plutôt sensible à l’argumentaire que je nommerai « Enviro-dépendant et pessimiste ». Il invitait en permanence à l’apitoiement… Voyez-vous cher monsieur, il ne pleut pas assez chez nous. Ils ne tombent que plus ou moins 350mm de pluie par an chez-nous… Vous comprenez pourquoi il nous reste que la solidarité internationale pour couvrir nos besoins alimentaires… Malgré qu’il m’arrivait de temps en temps de douter d’une telle malédiction, par prudence et surtout par convenance, d’autant que tout le monde reprenait le même discours, j’ai avalé la pilule…


Survint alors la fameuse crise alimentaire de 2005 dans le contexte des élections présidentielles de décembre 2004, du débat sémantique sur le terme famine et des Vèmes Jeux de la francophonie. Il vous souvient que l’ancien Chef de l’Etat déchu (Coup d’état militaire du 18 Février 2010) Mamadou Tandja était plutôt allergique à la campagne humanitaire internationale engagée pour « venir sauver des vies humaines au Niger, prises au piège de la famine ». Les activités de renforcement des capacités que nous menions alors en milieu rural s’arrêtèrent ou étaient à tout le moins au ralenti… L’ère était aux activités de distribution des vivres dans les villages. Ce n’était plus le moment des discours. Les programmes d’activités initiaux avec les tout nouveaux conseils municipaux sur leurs initiatives de développement local pouvaient attendre. Il me souvient d’ailleurs que pour « meubler notre temps » et « compatir » à notre manière à la situation… il nous fallut dans l’urgence imaginer quelques « activités humanitaires » au profit des communautés locales de nos zones d’intervention, disons pour ne pas rester oisifs…

J’ai donc été un témoin privilégié des dynamiques politiques et humanitaires locales, nationales et internationale en 2004/2005 de la crise alimentaire et humanitaire au Niger, avant, pendant et des années après. La reprise du cours normal des activités en 2006, un peu comme si rien ne s’était passé l’année précédente, comme si l’histoire est vierge de précédents aussi graves sinon pires, cette sorte « d’insouciance » m’installa immédiatement dans le doute puis progressivement dans une remise en question du « consensus Enviro dépendant et pessimiste » dont j’ai parlé plus haut.

C’est sur ces entrefaites que survient la toute récente crise alimentaire de 2010. Inutile de vous rappeler que je vis et travaille en milieu rural au Niger et plusieurs autres pays de la sous-région depuis relativement sept ans... Je suis au contact des autorités politiques et administratives à tous les niveaux. Je participe dans le cadre de mes différents mandats à la formulation, la mise en œuvre et l’évaluation de différents processus de développement dans le pays et la sous-région. Cinq années depuis 2005 se sont donc écoulées. Je refuse désormais de croire et reprendre à mon compte le discours partagé une fois encore que cette nouvelle crise alimentaire s’explique essentiellement par « l’arrêt précoce des pluies dans la deuxième décade de Septembre 2009 ». Selon le Bureau des Nations Unies à Niamey, « En 2009, l'irrégularité, la mauvaise répartition et l’arrêt précoce des pluies ont abouti à une insuffisance de la production céréalière et fourragère par rapport aux besoins de la population et du cheptel ». Tout y est. La mauvaise pluviométrie au cours de la dernière campagne agropastorale explique la situation catastrophique actuelle de famine (Yimga, 2011).

Je suis immédiatement rentré en rébellion contre certaines de mes certitudes sur des enjeux de la sécurité alimentaire au Niger. J’ai procédé à un renouvellement de mon regard jusque-là posé sur le pays et ses gens. J’ai entamé des recherches sur le potentiel de production agro-sylvo-pastoral du Niger avec un autre regard… Il faut dire que je les connaissais et les côtoyais dans une certaine mesure mais que dire quand la foi vous tient… La forte croyance, cette forte conviction que « C’est dame nature dans la plénitude de sa cruauté, la sécheresse en l’occurrence, le déterminant majeur de ces catastrophes humanitaires consécutives à la famine». Mes nombreux entretiens et découvertes sur ce riche pays m’ont définitivement conduit à la conclusion que la sécheresse n’explique pas tout le malheur des crises alimentaires et humanitaires qui de manière récurrente s’abat sur ce pays.


Je ne vais pas rentrer dans les détails des énormes potentialités et opportunités qui existent et à partir desquelles une véritable politique vers une souveraineté alimentaire durable peut être construite et conduite. Tous les meilleurs experts de ce pays-là sont unanimes pour souligner la possibilité d’une telle perspective. Et il faut se réjouir qu’enfin en 2011, de la bouche même de la plus haute autorité politique du Niger sortent des propos qui quelques mois seulement auraient pu être mal perçus sinon choquer.

« Le peuple nigérien a un immense défi à relever, un défi qui a un rapport avec sa dignité et son bonheur : le défi de l'éradication de la faim. Il est choquant que, de manière récurrente, nous soyons réduits à mendier notre pain quotidien auprès des autres peuples. Comme en témoignent les dernières élections, notre peuple a conquis sa liberté politique. Il lui reste maintenant à réaliser l'alliance de la liberté et du pain », Issoufou Mahamadou, Président de la République, Extrait du discours d’investiture le 08 Avril 2011. Un bien gros défi. Alors que faire ?


5. Comment sortir des crises alimentaires, nutritionnelles et pastorales récurrentes au Sahel, le cas du Niger?


Je vais certainement surprendre certains d’entre vous ce soir à cette étape de mon propos. Malheureusement vous n’aurez pas droit à un catalogue de recettes miracles. Je n’ai pas de potion magique à dévoiler ce soir. Si ça fonctionnait de la sorte, on n’en serait pas là depuis longtemps… Les sociétés humaines partout, au Sahel aussi ne fonctionnent pas selon des principes mécaniques, automatiques, … Il ne suffit donc pas de faire ci ou ça pour que tout redémarre. Je vais donc continuer de discuter d’idées, de postures, de processus, d’initiatives,…

Bien avant ma modeste personne, d’éminentes personnes et institutions depuis des décennies déjà pensent et travaillent sur cette problématique bien complexe il faut le reconnaitre. Pour autant, la situation n’a pas changé.


Préparez-vous d’ailleurs dans les prochaines semaines, si ce n’est déjà le cas, à répondre aux appels à dons et à votre générosité en faveur des peuples de pays du Sahel dont le Tchad, le Niger, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali, pour ne citer que ces derniers, car plus aucun doute n’est permis, les déficits céréaliers sont tels que nous nous acheminons vers une crise humanitaire d’envergure au courant de l’année 2012 si rien n’est fait. Malheureusement, même après avoir sauvé les meubles par une intervention humanitaire efficace, il reste que comme depuis des décennies, comme en 2009/10, comme en 2004/05, ainsi qu’en 83/84, en 73/74 etc, on n’aura pas réglé le problème au fond. On a juste soulagé ou soufflé sur la douleur…

Donc pour que ça change ou alors que ça comme à changer, que les conditions minimales de changement se mettent en place, les prérequis donc, il faut inventer de nouveaux paradigmes et inverser les tendances générales au Sahel car l’essentiel des moyens générés par votre solidarité, de même que les gigantesques interventions humanitaires arrivent pour sauver des vies humaines mais sur la durée, …
… ne font pas tomber plus de pluie
… n’organisent pas les producteurs à la base
… n’organisent pas les filières agricoles et d’élevage
… ne développent et mettent pas à la disposition des paysans de nouvelles variétés de semences mieux adaptées au Sahel (En 2010, le taux d’utilisation des semences de variétés améliorées a été seulement de 06 %...)
… ne modifient pas les rapports de forces autour de l’accès à la terre et son contrôle pour les femmes et cadets sociaux … n’organisent pas l’accès aux marchés
… n’améliorent pas la gouvernance de ces derniers
… ne développent pas les activités alternatives en milieu rural pour diversifier les opportunités d’augmentation des revenus des plus vulnérables
… ne favorisent pas l’accès durable aux ressources financières
… ne vulgarisent pas les itinéraires techniques agricoles efficaces
… ne transforment pas les conseils municipaux et institutions communales en acteurs efficaces du développement local, …
… et la liste est longue… La solidarité et les interventions humanitaires internationales … ne développent pas les capacités nationales à mettre en œuvre effectivement les choix politiques pourtant parfois formulés dans des documents de politiques et stratégies nationales … elles n’augmentent pas les budgets des ministères spécialisés
… ne luttent pas contre la corruption dans la mise en œuvre des projets de développement agricole et d’élevage
… n’organisent pas des systèmes de vulgarisation et de conseils agricoles de proximité
… ne promeuvent pas l’entreprenariat agricole à l’échelle des exploitations familiales
… les dynamiques spécifiques des écosystèmes du Sahel ne les préoccupent pas, elles n’ont pas vocation à développer dans la durée des capacités et mécanismes de résilience, etc

Les groupes de travail, les rapports, les réunions spécialisées sur le Sahel se succèdent et dans différents cadres. J’ai personnellement eu le privilège de participer à certains d’entre eux. Aussi, le nouveau gouvernement nigérien s’illustre depuis quelques mois à travers un discours politique de rupture sur le sujet et un ensemble d’initiatives dénommées les 3N « Les Nigériens nourrissent les Nigériens ». J’y reviens dans un instant.

Prenant en compte les particularismes du Sahel et les leçons tirées de nombreuses expériences de terrain commandent d’envisager d’importantes mesures dont les plus pertinentes me semblent être les suivantes :
♣ Il y’a urgence à sortir de l’urgence humanitaire… Les interventions humanitaires ne sont pas la solution au problème de l’irrégularité des pluies. Sortir donc de la gestion des crises pour embrasser les défis que posent les principaux risques et facteurs de vulnérabilité auxquels les producteurs Nigériens restent exposés depuis des lustres;
♣ Sortir de la croyance que des réponses durables peuvent être sérieusement attendues d’autres acteurs que le gouvernement... Construire Que l’Etat à travers tous ses dispositifs et son administration revienne au centre de la réflexion, de l’initiative et redéfinisse ses mandats de développement. Les terrains sont abandonnés à une foultitude d’acteurs infra étatiques (Ong nationales et internationales, coopérations techniques bilatérales ou multilatérales, coopératives, organisations paysannes, etc) dont toutes les activités sont trop localisées, éclatées, parcellaires et souvent contradictoires pour impulser une dynamique globale cohérente dans la durée ou à défaut, des effets d’entraînement nécessaires;
♣ Arrêter une fois pour toute de compter sur les pluies… Et ce n’est guère en priant plus fort et haut qu’un miracle s’opérera… Un peu comme si au lieu d’organiser radicalement et efficacement le déneigement à Montréal, on s’en remettait à nos divinités afin qu’elles s’occupent elles-mêmes de réduire les quantités de neige... Rentrer radicalement dans une nouvelle ère de gestion efficace des différentes ressources en eau qui heureusement existent … Le fleuve Niger passe quand même par le Niger! [Programme Kandadji de régénération des écosystèmes et de mise en valeur de la vallée du Niger]. Mais il y a plus de trente ans que c’est au stade de projet… Mieux vaut tard que jamais;
♣ Et même en continuant de pratiquer l’agriculture pluviale, la charge d’incertitudes y attachées commande d’autres choix techniques qui tardent à se mettre en place (Choix de semences adaptées, technique du Zai, etc)



Un mot donc sur les « 3N ». … Manifestement ils sont sur la bonne voie, une voie inédite dans le contexte des dynamiques politiques des dernières décennies au Niger. Le cap en termes de vision est fixé, il reste à souhaiter que l’étape de sa mise en œuvre et de son renouvellement conceptuel bénéficie des moyens et mécanismes adaptés qui lui assure de donner au peuple nigérien de sortir effectivement de ce que les autorités elles-mêmes nomment la mendicité…

Cette initiative aussi pertinente soit-elle sur le papier et progressivement sur le terrain, ne saurait s’imaginer dans sa mise en œuvre concrète en dehors des défis rémanents qui ont l’effet d’un faisceau d’hypothèques catégoriques sur toute entreprise en milieu rural nigérien dans les conditions actuelles. J’esquisserai ci-dessous quelques-unes pour illustrer :
♣ Les capacités de mises en œuvre (leadership politique, capacités stratégiques, techniques managériales/de gestion, mécanismes efficients de collaboration entre institutions/processus multi-acteurs, culture de la gouvernance transparente, etc)
♣ La question foncière rurale agricole et pastorale dans le contexte démographique dynamique;
♣ Redynamiser les institutions décentralisées en considérant les jeux d’intérêts entre les principaux des arènes politiques locales dont par en particulier la chefferie traditionnelle;
♣ Soutenir les dynamiques paysannes par le respect de leur autonomie, l’encouragement de leurs initiatives et en veillant à ce qu’elles ne se transforment pas en pôles bureaucratiques pour le recyclage de personnages qui n’ont rien à voir avec les producteurs;
♣ Travailler au changement des habitudes alimentaires car pendant qu’on parle de crise alimentaire à cause du manque de pluies pour la production du mil [Le déficit céréalier de plus de 520000 tonnes dont il est questions en ce moment c’est essentiellement du mil qu’il s’agit], la principale sinon même l’unique produit alimentaire des couches vulnérables, comment expliquer qu’en même temps et dans le même pays, l'oignon fait entrer à lui seul la moitié des recettes d'exportation des produits végétaux, soit environ 84 millions de dollars US en 2008. Le Niger est le premier pays producteur et exportateur d’oignon de l’espace CEDEAO, hors Nigeria. De même pour le niébé, sa contribution représente 30 à 40% des recettes, soit 68 millions de dollars US. Il est l’un des grands producteurs en Afrique de l’Ouest. Il arrive juste derrière le Nigeria qui produit 75 pour cent du total de l’Afrique de l’Ouest.
Chacune des idées ci-dessus rapidement esquissées constituent à elles seules des chantiers pour toute une vie humaine…


6. Quelques points en conclusion


Au bout du compte que retenir? Juste quelques points en conclusion non pour clore la réflexion sur le sujet mais simplement mon propos de ce soir et vivement que les échanges commencent :
♣ Il est important de resituer ou re ancrer les réflexions de ce soir dans celle plus générale/globale sur « l’aide au développement », la « coopération au développement », ce qui permettrait de mieux comprendre et de peut-être relativiser certains points;
♣ S’il est vrai qu’il y aurait une certaine « addiction » pour « l’aide internationale » à travers le fond de « stratégies assistantialistes » auquel recourent tous les acteurs [Ce qui me fait penser aux « courtiers du développement] locaux sur les terrains du développement pour avoir accès à « l’aide » (JP Olivier de Sardan, 2010), il convient à l’opposé de relever, ce en rapport avec les questions spécifiques de production végétale et animale, le pendant d’ « addiction », une certaine fascination pour tout ce qui sec, le « syndrome du désert »…
♣ Les impacts de la situation sécuritaire, des mines, du banditisme, des menaces terroristes sont pour le moment mentionnées comme ayant des impacts dans les secteurs du tourisme, des affaires, mais la réalité sur le terrain depuis 2010 dans les régions septentrionales ont déjà considérablement limité l’accès à certaines zones et la réalisation de certaines activités humanitaires et de développement ;
♣ Pour terminer, permettez-moi de résumer ma position : OUI il se pose un très sérieux problème de sécheresse et d’incertitudes pluviométriques au Niger comme dans l’ensemble du Sahel, MAIS le problème de la famine/sécurité alimentaire au Niger c’est pas la sécheresse ou encore ce n’est pas que la sécheresse. C’est même de moins en moins la sécheresse, c’est les hommes et les femmes du Niger et d’ailleurs qui ont à faire face à cette situation particulière certes. Et de Montréal d’où je m’exprime en ce moment, l’on est assez bien placé pour savoir combien l’ingéniosité humaine est illimitée face à l’adversité de la nature.


En tout état de cause, l’histoire nous enseigne qu’en tout temps, en toute circonstance et quelque soient les contingences de la nature, seuls le sens d’humanité, l’intelligence et les choix individuels et collectifs des hommes et des femmes dans chaque société humaine, déterminent leurs perspectives de VIE ou de MORT. Ainsi compris, en dehors des cas de véritable catastrophe naturelle, la récurrence de la famine au Niger est plus un fait politique qu’un accident de la nature.


Références bibliographiques
1. JP Olivier de Sardan, « Au Niger, le cycle des crises alimentaires », http://blog.mondediplo.net/2011-01-07-Au-Niger-le-cycle-des-crises-alimentaires, site visité le 12. 11.2011
2. Raphael Yimga Tatchi, « Se nourrir ou périr : invalider le binôme sécheresse/famine au Niger, Une analyse socio-politique de la récurrence des crises alimentaires au Niger » http://cahiers.cerium.ca/Se-nourrir-ou-perir-invalider-le , site visité le 12. 11.2011
3. http://www.reca-niger.org , site visité le 12.11.2011
4. Denis Michiels & Johny Egg avec la collaboration de Roger Blein et Francis Delpeuch, « Les politiques de prévention et gestion des crises alimentaires : Enseignements de la crise du Niger de 2005 », MAEE, DGCID, 2008
5. Peter Gubbels, “Escaping the Hunger Cycle, Pathways to Resilience in the Sahel”, Sahel Working Group, September 2011, Groundswells International

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