Est-il possible de vaincre les famines dans le monde?
Association Canadienne des Nations Unies (ACNU), Grand Montréal, UQAM, le 16 Novembre 2011
Contribution au débat de M. Raphael Yimga Tatchi, yimgaraphael@yahoo.ca
1. Propos liminaires Mesdames et messieurs, chers amis bonsoir.
Permettez-moi, avant de rentrer dans le vif du sujet de dire ici toute ma profonde gratitude à l’endroit de l’Association Canadienne des Nations Unies (ACNU), Grand Montréal, pour l’honneur qu’elle me fait avec la présente invitation, de venir échanger avec vous sur un sujet d’une telle importance, les famines dans le monde.
La présente occasion est d’autant plus intéressante pour moi plutôt un « ouvrier des terrains de la famine », que cette conférence se joue assez loin des terrains réels où meurent effectivement des êtres humains parce qu’ils ont faim… Selon l’UNICEF, plus de 300.000 enfants meurent de malnutrition chaque année au Sahel. Plus de 10 millions de personnes y ont été victimes d’insécurité alimentaire. La distance d’avec « ces champs d’opération », pourrait donc favoriser des opportunités d’échanges sereins et instructifs. Je l’espère vivement. Indirectement confrontés que nous sommes dans cette salle à la réalité souvent brutale du sujet plutôt très sensible en débat ce soir.
Au-delà de la simple curiosité scientifique, académique ou simplement de culture générale, au-delà des reportages dans les médias marqués de forts relents de commisération, mon ambition ici aujourd’hui consiste à éclairer autrement ce vieux débat, un phénomène qui chaque jour attente à l’humanité intrinsèque d’un milliard d’individus (selon des nombreuses sources concordantes) en différents endroits de ce système-monde… Et notre présence là, nombreux, concernés, j’allais dire « INDIGNES », constitue à mon sens la preuve que nous restons encore sur notre faim sur les questions de famine dans le monde. Nous avons faim de savoirs et de connaissances sur la famine…
Mon propos va s’articuler autour de 5 points qui se complètent mutuellement :
♣ Un cadrage thématique et géographique rapide
♣ Une esquisse du tableau des déterminants majeurs des crises alimentaires récurrentes au Sahel
♣ Une interrogation : Et si la sécheresse n’expliquait pas tout au Niger?
♣ Tentative : Comment sortir des crises alimentaires, nutritionnelles et pastorales récurrentes au Sahel, le cas du Niger
♣ Enfin… Quelques points en conclusion
Ce dont nous parlons ce soir touche à la survie de communautés humaines entières, souvent plus de la moitié de la population dans des pays dans ce monde, qui se trouvent confrontées assez régulièrement au même problème de leur incapacité collective à assurer durablement et de manière autonome leur propre alimentation.
Assez régulièrement donc, cette responsabilité de se nourrir, consubstantielle à tout établissement humain normalement constitué, de manière récurrente donc, cet impératif constitutif de toute société humaine, de chaque cellule humaine de pouvoir assurer souverainement et dignement ses besoins alimentaires, se trouve tout à fait anormalement et sur une base plutôt régulière, être prise en charge par autrui et dans le cas d’espèce par la solidarité internationale.
Est-il possible de vaincre les famines dans le monde? Les famines sont-elles une fatalité? Ou plus précisément est-il possible de débarrasser les parties du monde encore systématiquement meurtries par ce fléau? Mieux, comment faire en sorte que des communautés humaines, quelques soient leurs conditions sociales et l’endroit de leur établissement, ne se trouvent pas en situations de « manque d’aliments qui fait qu’une population souffre de la faim » (Le Nouveau Petit Robert, 2007)?
Vous convenez avec moi qu’il s’agit là de questions d’une telle complexité que l’espace de notre conversation de ce soir ne suffirait à couvrir. La présentation de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO), l’institution mondiale à laquelle le système des Nations Unies a décidé de confier la mission de s’assurer que la famine ne participe nulle part dans le monde, du quotidien des êtres humains nous permettra de la découvrir dans toute sa grandeur. Je vais me concentrer à vous entraîner, tout en gardant à l’esprit les termes généraux des problématiques globales de la famine, sur des terrains auxquels je suis plus familier.
Mes trajectoires professionnelles de cette dernière décennie m’ont transporté sur de nombreuses pistes des mondes ruraux d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Sa bande sahélo-saharienne en particulier, entendue comme cette zone de transition entre le Sahara et la zone dite soudanaise.
Le Sahel, les régions arides et semi-arides de ces deux sous-régions d’Afrique, revendiquent et ce depuis des décennies, les pires records dans les classements mondiaux en matière de crises alimentaires et famines. Pour ne pas trop vous égarer dans les méandres des situations sociopolitiques et économiques bien complexes de ces deux sous-régions, j’ai fait le choix de me référer essentiellement au cas particulier du Niger.
Sans sous-estimer l’ampleur ou même la pertinence des nuances dans la formulation des explications selon qu’il s’agisse des paysans, des responsables politiques nationaux, des Ong, des institutions de recherche agricole, financières, de développement, des autres acteurs des sociétés civiles nationales, régionales ou internationales, le tableau que je vais esquisser ci-après se veut une compréhension généralement partagée des crises alimentaires au Sahel.
Alors, que disent les historiens et experts des famines au Niger [Je peux rapidement citer Alpha Boureima Gado, Maxime Banoin, Jean Pierre Guengant, etc] notamment quant à ses déterminants majeurs? Une revue même rapide de la littérature spécialisée est très riche en enseignements :
♣ Les pluies y tombent très irrégulièrement tant sur le plan spatial que temporel;
♣ Aussi, un complexe de facteurs interactifs influence (climat, démographie, épidémies, épizooties, invasions acridiennes, systèmes socio-politiques, économiques et culturels inadaptés, etc.) considérablement leurs stratégies d’adaptation à ce milieu très particulier;
♣ Les productions végétales et animales pluviales sont donc sujettes à une chaîne d’impératifs environnementaux.
♣ Les causes structurelles
• L’action des ennemis des cultures (criquets, rongeurs, oiseaux granivores, chenilles, etc.) ;
• Les crises démographiques : Les épidémies et épizooties, les exodes massifs.
• Les autres catastrophes : les conflits armés, les incendies, etc.
• Les dynamiques démographiques non maîtrisées (De plus de 16 millions d’habitants aujourd’hui, la population du Niger passera à près de 25 millions en 2025 et 50 millions en 2050 d’après les projections des spécialistes. La moyenne d’enfant par femme y étant supérieure à 7 enfants);
• La vulnérabilité et la pauvreté structurelles ;
• La déstructuration des réseaux d’entraide et de solidarité ;
• Les politiques et stratégies alimentaires inadaptées.
Il n’empêche que malgré ces éclairages, il s’est construit au fil des dernières décennies une tenace croyance que les infidélités de la nature (sécheresse, pluviométries capricieuses, etc) seraient la cause principale des crises alimentaires récurrentes au Sahel en général. Malgré les évolutions positives dans les dispositifs régionaux et internationaux depuis la mise en place du CILSS au lendemain de la crise de 1974 avec d’importantes capacités de production de savoirs et connaissances, de prévisions météorologiques sur le Sahel en général (Le Centre régional AGRHYMET, ACMAD, ICRISAT, etc), cette dernière décennie au Sahel a été plutôt riche de situations de catastrophes humanitaires.
Survint alors la fameuse crise alimentaire de 2005 dans le contexte des élections présidentielles de décembre 2004, du débat sémantique sur le terme famine et des Vèmes Jeux de la francophonie. Il vous souvient que l’ancien Chef de l’Etat déchu (Coup d’état militaire du 18 Février 2010) Mamadou Tandja était plutôt allergique à la campagne humanitaire internationale engagée pour « venir sauver des vies humaines au Niger, prises au piège de la famine ». Les activités de renforcement des capacités que nous menions alors en milieu rural s’arrêtèrent ou étaient à tout le moins au ralenti… L’ère était aux activités de distribution des vivres dans les villages. Ce n’était plus le moment des discours. Les programmes d’activités initiaux avec les tout nouveaux conseils municipaux sur leurs initiatives de développement local pouvaient attendre. Il me souvient d’ailleurs que pour « meubler notre temps » et « compatir » à notre manière à la situation… il nous fallut dans l’urgence imaginer quelques « activités humanitaires » au profit des communautés locales de nos zones d’intervention, disons pour ne pas rester oisifs…
J’ai donc été un témoin privilégié des dynamiques politiques et humanitaires locales, nationales et internationale en 2004/2005 de la crise alimentaire et humanitaire au Niger, avant, pendant et des années après. La reprise du cours normal des activités en 2006, un peu comme si rien ne s’était passé l’année précédente, comme si l’histoire est vierge de précédents aussi graves sinon pires, cette sorte « d’insouciance » m’installa immédiatement dans le doute puis progressivement dans une remise en question du « consensus Enviro dépendant et pessimiste » dont j’ai parlé plus haut.
C’est sur ces entrefaites que survient la toute récente crise alimentaire de 2010. Inutile de vous rappeler que je vis et travaille en milieu rural au Niger et plusieurs autres pays de la sous-région depuis relativement sept ans... Je suis au contact des autorités politiques et administratives à tous les niveaux. Je participe dans le cadre de mes différents mandats à la formulation, la mise en œuvre et l’évaluation de différents processus de développement dans le pays et la sous-région. Cinq années depuis 2005 se sont donc écoulées. Je refuse désormais de croire et reprendre à mon compte le discours partagé une fois encore que cette nouvelle crise alimentaire s’explique essentiellement par « l’arrêt précoce des pluies dans la deuxième décade de Septembre 2009 ». Selon le Bureau des Nations Unies à Niamey, « En 2009, l'irrégularité, la mauvaise répartition et l’arrêt précoce des pluies ont abouti à une insuffisance de la production céréalière et fourragère par rapport aux besoins de la population et du cheptel ». Tout y est. La mauvaise pluviométrie au cours de la dernière campagne agropastorale explique la situation catastrophique actuelle de famine (Yimga, 2011).
Je suis immédiatement rentré en rébellion contre certaines de mes certitudes sur des enjeux de la sécurité alimentaire au Niger. J’ai procédé à un renouvellement de mon regard jusque-là posé sur le pays et ses gens. J’ai entamé des recherches sur le potentiel de production agro-sylvo-pastoral du Niger avec un autre regard… Il faut dire que je les connaissais et les côtoyais dans une certaine mesure mais que dire quand la foi vous tient… La forte croyance, cette forte conviction que « C’est dame nature dans la plénitude de sa cruauté, la sécheresse en l’occurrence, le déterminant majeur de ces catastrophes humanitaires consécutives à la famine». Mes nombreux entretiens et découvertes sur ce riche pays m’ont définitivement conduit à la conclusion que la sécheresse n’explique pas tout le malheur des crises alimentaires et humanitaires qui de manière récurrente s’abat sur ce pays.
Je ne vais pas rentrer dans les détails des énormes potentialités et opportunités qui existent et à partir desquelles une véritable politique vers une souveraineté alimentaire durable peut être construite et conduite. Tous les meilleurs experts de ce pays-là sont unanimes pour souligner la possibilité d’une telle perspective. Et il faut se réjouir qu’enfin en 2011, de la bouche même de la plus haute autorité politique du Niger sortent des propos qui quelques mois seulement auraient pu être mal perçus sinon choquer.
« Le peuple nigérien a un immense défi à relever, un défi qui a un rapport avec sa dignité et son bonheur : le défi de l'éradication de la faim. Il est choquant que, de manière récurrente, nous soyons réduits à mendier notre pain quotidien auprès des autres peuples. Comme en témoignent les dernières élections, notre peuple a conquis sa liberté politique. Il lui reste maintenant à réaliser l'alliance de la liberté et du pain », Issoufou Mahamadou, Président de la République, Extrait du discours d’investiture le 08 Avril 2011. Un bien gros défi. Alors que faire ?
Bien avant ma modeste personne, d’éminentes personnes et institutions depuis des décennies déjà pensent et travaillent sur cette problématique bien complexe il faut le reconnaitre. Pour autant, la situation n’a pas changé.
Préparez-vous d’ailleurs dans les prochaines semaines, si ce n’est déjà le cas, à répondre aux appels à dons et à votre générosité en faveur des peuples de pays du Sahel dont le Tchad, le Niger, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali, pour ne citer que ces derniers, car plus aucun doute n’est permis, les déficits céréaliers sont tels que nous nous acheminons vers une crise humanitaire d’envergure au courant de l’année 2012 si rien n’est fait. Malheureusement, même après avoir sauvé les meubles par une intervention humanitaire efficace, il reste que comme depuis des décennies, comme en 2009/10, comme en 2004/05, ainsi qu’en 83/84, en 73/74 etc, on n’aura pas réglé le problème au fond. On a juste soulagé ou soufflé sur la douleur…
Donc pour que ça change ou alors que ça comme à changer, que les conditions minimales de changement se mettent en place, les prérequis donc, il faut inventer de nouveaux paradigmes et inverser les tendances générales au Sahel car l’essentiel des moyens générés par votre solidarité, de même que les gigantesques interventions humanitaires arrivent pour sauver des vies humaines mais sur la durée, …
… ne font pas tomber plus de pluie
… n’organisent pas les producteurs à la base
… n’organisent pas les filières agricoles et d’élevage
… ne développent et mettent pas à la disposition des paysans de nouvelles variétés de semences mieux adaptées au Sahel (En 2010, le taux d’utilisation des semences de variétés améliorées a été seulement de 06 %...)
… ne modifient pas les rapports de forces autour de l’accès à la terre et son contrôle pour les femmes et cadets sociaux … n’organisent pas l’accès aux marchés
… n’améliorent pas la gouvernance de ces derniers
… ne développent pas les activités alternatives en milieu rural pour diversifier les opportunités d’augmentation des revenus des plus vulnérables
… ne favorisent pas l’accès durable aux ressources financières
… ne vulgarisent pas les itinéraires techniques agricoles efficaces
… ne transforment pas les conseils municipaux et institutions communales en acteurs efficaces du développement local, …
… et la liste est longue… La solidarité et les interventions humanitaires internationales … ne développent pas les capacités nationales à mettre en œuvre effectivement les choix politiques pourtant parfois formulés dans des documents de politiques et stratégies nationales … elles n’augmentent pas les budgets des ministères spécialisés
… ne luttent pas contre la corruption dans la mise en œuvre des projets de développement agricole et d’élevage
… n’organisent pas des systèmes de vulgarisation et de conseils agricoles de proximité
… ne promeuvent pas l’entreprenariat agricole à l’échelle des exploitations familiales
… les dynamiques spécifiques des écosystèmes du Sahel ne les préoccupent pas, elles n’ont pas vocation à développer dans la durée des capacités et mécanismes de résilience, etc
Les groupes de travail, les rapports, les réunions spécialisées sur le Sahel se succèdent et dans différents cadres. J’ai personnellement eu le privilège de participer à certains d’entre eux. Aussi, le nouveau gouvernement nigérien s’illustre depuis quelques mois à travers un discours politique de rupture sur le sujet et un ensemble d’initiatives dénommées les 3N « Les Nigériens nourrissent les Nigériens ». J’y reviens dans un instant.
Prenant en compte les particularismes du Sahel et les leçons tirées de nombreuses expériences de terrain commandent d’envisager d’importantes mesures dont les plus pertinentes me semblent être les suivantes :
♣ Il y’a urgence à sortir de l’urgence humanitaire… Les interventions humanitaires ne sont pas la solution au problème de l’irrégularité des pluies. Sortir donc de la gestion des crises pour embrasser les défis que posent les principaux risques et facteurs de vulnérabilité auxquels les producteurs Nigériens restent exposés depuis des lustres;♣ Sortir de la croyance que des réponses durables peuvent être sérieusement attendues d’autres acteurs que le gouvernement... Construire Que l’Etat à travers tous ses dispositifs et son administration revienne au centre de la réflexion, de l’initiative et redéfinisse ses mandats de développement. Les terrains sont abandonnés à une foultitude d’acteurs infra étatiques (Ong nationales et internationales, coopérations techniques bilatérales ou multilatérales, coopératives, organisations paysannes, etc) dont toutes les activités sont trop localisées, éclatées, parcellaires et souvent contradictoires pour impulser une dynamique globale cohérente dans la durée ou à défaut, des effets d’entraînement nécessaires;
♣ Arrêter une fois pour toute de compter sur les pluies… Et ce n’est guère en priant plus fort et haut qu’un miracle s’opérera… Un peu comme si au lieu d’organiser radicalement et efficacement le déneigement à Montréal, on s’en remettait à nos divinités afin qu’elles s’occupent elles-mêmes de réduire les quantités de neige... Rentrer radicalement dans une nouvelle ère de gestion efficace des différentes ressources en eau qui heureusement existent … Le fleuve Niger passe quand même par le Niger! [Programme Kandadji de régénération des écosystèmes et de mise en valeur de la vallée du Niger]. Mais il y a plus de trente ans que c’est au stade de projet… Mieux vaut tard que jamais;
♣ Et même en continuant de pratiquer l’agriculture pluviale, la charge d’incertitudes y attachées commande d’autres choix techniques qui tardent à se mettre en place (Choix de semences adaptées, technique du Zai, etc)
Cette initiative aussi pertinente soit-elle sur le papier et progressivement sur le terrain, ne saurait s’imaginer dans sa mise en œuvre concrète en dehors des défis rémanents qui ont l’effet d’un faisceau d’hypothèques catégoriques sur toute entreprise en milieu rural nigérien dans les conditions actuelles. J’esquisserai ci-dessous quelques-unes pour illustrer :
♣ Les capacités de mises en œuvre (leadership politique, capacités stratégiques, techniques managériales/de gestion, mécanismes efficients de collaboration entre institutions/processus multi-acteurs, culture de la gouvernance transparente, etc)
♣ La question foncière rurale agricole et pastorale dans le contexte démographique dynamique;
♣ Redynamiser les institutions décentralisées en considérant les jeux d’intérêts entre les principaux des arènes politiques locales dont par en particulier la chefferie traditionnelle;
♣ Soutenir les dynamiques paysannes par le respect de leur autonomie, l’encouragement de leurs initiatives et en veillant à ce qu’elles ne se transforment pas en pôles bureaucratiques pour le recyclage de personnages qui n’ont rien à voir avec les producteurs;
♣ Travailler au changement des habitudes alimentaires car pendant qu’on parle de crise alimentaire à cause du manque de pluies pour la production du mil [Le déficit céréalier de plus de 520000 tonnes dont il est questions en ce moment c’est essentiellement du mil qu’il s’agit], la principale sinon même l’unique produit alimentaire des couches vulnérables, comment expliquer qu’en même temps et dans le même pays, l'oignon fait entrer à lui seul la moitié des recettes d'exportation des produits végétaux, soit environ 84 millions de dollars US en 2008. Le Niger est le premier pays producteur et exportateur d’oignon de l’espace CEDEAO, hors Nigeria. De même pour le niébé, sa contribution représente 30 à 40% des recettes, soit 68 millions de dollars US. Il est l’un des grands producteurs en Afrique de l’Ouest. Il arrive juste derrière le Nigeria qui produit 75 pour cent du total de l’Afrique de l’Ouest.
Chacune des idées ci-dessus rapidement esquissées constituent à elles seules des chantiers pour toute une vie humaine…♣ Il est important de resituer ou re ancrer les réflexions de ce soir dans celle plus générale/globale sur « l’aide au développement », la « coopération au développement », ce qui permettrait de mieux comprendre et de peut-être relativiser certains points;
♣ S’il est vrai qu’il y aurait une certaine « addiction » pour « l’aide internationale » à travers le fond de « stratégies assistantialistes » auquel recourent tous les acteurs [Ce qui me fait penser aux « courtiers du développement] locaux sur les terrains du développement pour avoir accès à « l’aide » (JP Olivier de Sardan, 2010), il convient à l’opposé de relever, ce en rapport avec les questions spécifiques de production végétale et animale, le pendant d’ « addiction », une certaine fascination pour tout ce qui sec, le « syndrome du désert »…
♣ Les impacts de la situation sécuritaire, des mines, du banditisme, des menaces terroristes sont pour le moment mentionnées comme ayant des impacts dans les secteurs du tourisme, des affaires, mais la réalité sur le terrain depuis 2010 dans les régions septentrionales ont déjà considérablement limité l’accès à certaines zones et la réalisation de certaines activités humanitaires et de développement ;
♣ Pour terminer, permettez-moi de résumer ma position : OUI il se pose un très sérieux problème de sécheresse et d’incertitudes pluviométriques au Niger comme dans l’ensemble du Sahel, MAIS le problème de la famine/sécurité alimentaire au Niger c’est pas la sécheresse ou encore ce n’est pas que la sécheresse. C’est même de moins en moins la sécheresse, c’est les hommes et les femmes du Niger et d’ailleurs qui ont à faire face à cette situation particulière certes. Et de Montréal d’où je m’exprime en ce moment, l’on est assez bien placé pour savoir combien l’ingéniosité humaine est illimitée face à l’adversité de la nature.
Références bibliographiques
1. JP Olivier de Sardan, « Au Niger, le cycle des crises alimentaires », http://blog.mondediplo.net/2011-01-07-Au-Niger-le-cycle-des-crises-alimentaires, site visité le 12. 11.2011 2. Raphael Yimga Tatchi, « Se nourrir ou périr : invalider le binôme sécheresse/famine au Niger, Une analyse socio-politique de la récurrence des crises alimentaires au Niger » http://cahiers.cerium.ca/Se-nourrir-ou-perir-invalider-le , site visité le 12. 11.2011
3. http://www.reca-niger.org , site visité le 12.11.2011
4. Denis Michiels & Johny Egg avec la collaboration de Roger Blein et Francis Delpeuch, « Les politiques de prévention et gestion des crises alimentaires : Enseignements de la crise du Niger de 2005 », MAEE, DGCID, 2008
5. Peter Gubbels, “Escaping the Hunger Cycle, Pathways to Resilience in the Sahel”, Sahel Working Group, September 2011, Groundswells International