Christina Jürges
EST-IL POSSIBLE DE VAINCRE LES FAMINES DANS LE MONDE ?
LE RÔLE DE LA FAO, L'ORGANISATION DES NATIONS UNIES
POUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE
Organisée par : l’Association Canadienne pour les Nations Unies – Grand Montréal
Date : Mercredi 16 novembre 2011 de 18h30 à 20h30
Lieu : Pavillon Athanase-David, UQAM, salle D-R200, 1440, rue Saint-Denis
Conférenciers : Florence Rolle, agent principal de liaison, FAO, Washington, DC, Raphaël Yimga Tatchi, expert en développement rural – sécurité alimentaire
Mots de bienvenue et remerciement des partenaires par Michel Duval, secrétaire de l’ACNU-Grand Montréal
Mots de bienvenue et introduction à la conférence par Louise Lamarre Proulx, présidente de l’ACNU-Grand Montréal
Mme Lamarre Proulx parle de la mission de l’ACNU-Grand Montréal qui est entre autres de « faire connaître les Nations Unies ». Mme Lamarre Proulx affiche et présente l’organigramme intitulé « Le système des Nations Unies », qui peut être trouvé sur le site des Nations Unies, sur le lien suivant : http://www.un.org/fr/aboutun/structure/org_chart.shtml.
Ensuite, la présidente attire l’attention sur la conférence du 18 janvier 2012 portant sur « le rapport mondial de l’ONUDC sur les drogues 2011 » ainsi que sur la conférence qui se tiendra le 21 mars 2012 sur le mouvement coopératif comme outil de développement avec la conférencière Mme Anne Gaboury.
La présidente indique le sujet de la présente conférence, qui est « la famine » et le rôle de la FAO.
Présentation des deux conférenciers et de leur travail par Michel Duval, secrétaire de l’ACNU-Grand Montréal
Communication de Raphaël Yimga Tatchi, expert en développement rural – sécurité alimentaire
Monsieur Yimga Tatchi remercie l’ACNU pour l’invitation à la conférence.
Monsieur Monsieur Yimga Tatchi commence sa communication en constatant que la faim existe dans des villes comme Montréal ou New York, mais que le contexte dans lequel on parle de la famine ce soir est différent.
À l’aide d’une présentation Powerpoint, Monsieur Yimga Tatchi affiche la structure de sa communication : il présente entre autres
· un « cadrage thématique et géographique »
· les « déterminants majeurs des crises alimentaires récurrents au Sahel
· ainsi que l’interrogation : « et si la sécheresse n’expliquerait pas tout ».
Monsieur Yimga Tatchi indique la définition du terme « famine » selon Larousse comme : « un manque total d’aliments dans une région pendant une certaine période ». Il nomme les exemples des famines au Niger, au Tchad, au Mali (en 2010) et à la corne d’Afrique (en 2011). Il parle des « communautés entières qui sont incapables à collectivement assurer durablement leur propre alimentation ». Monsieur Yimga Tatchi explique également qu’environ 300.000 enfants meurent chaque année comme conséquence de malnutrition. Il constate que le Sahel se trouve dans une situation particulièrement difficile. Dans le cas du Niger, la plupart des seize millions habitants vit dans le sud.
Au sujet des « déterminants majeurs des crises alimentaires au Sahel », Monsieur Yimga Tatchi évoque des éléments comme
· la « floraison de titres et ouvrages sur l’histoires des crises alimentaires » (en lien avec l’histoire de la colonisation)
· l’ « irrégularité de la pluviométrie tant sur le plan spatial que temporel ». Ici, Monsieur Yimga Tatchi distingue entre « deux ordres de cause des crises alimentaires » : les « causes conjoncturelles » (par exemple le climat) et les « causes structurelles » (par exemple le système de production, la pauvreté, les politiques et stratégies alimentaires inadaptées et les dynamiques démographiques).
Monsieur Yimga Tatchi fait également le lien entre les famines et la situation politique difficile (par exemple les coups d’États) dans les régions de crise. Il résume que « les crises alimentaires au Sahel comme au Niger sont la résultante d’un faisceau complexe de facteurs ancrés dans les dispositifs socio-économiques, les contingences politico-militaires et techniques, à l’échelle de l’ensemble de la société ».
Au sujet de la sécheresse au Niger, Monsieur Yimga Tatchi constate que le manque de pluie comme argument n’est pas suffisant. Les crises alimentaires des années précédentes (par exemple celles-ci des années 2004/5 ou 2007) peuvent être expliquées par des facteurs particuliers (comme l’invasion des criquets en 2007). Cependant, ces arguments sont insuffisants pour expliquer les crises alimentaires des années suivantes. Monsieur Yimga Tatchi souligne le fait qu’il faut lutter contre les facteurs qui causent la crise et non pas seulement contre la crise elle-même.
En 2010, Monsieur Yimga Tatchi s’est demandé quelles sont les ressources disponibles : selon lui, les ressources souterraines sont les plus importantes. Le Niger dispose également de zones humides, mais il faut se poser la question pourquoi celles-ci ne sont pas utilisées de la bonne façon ? Monsieur Yimga Tatchi souligne que la nature seule n’explique par la mauvaise situation alimentaire. Il note également qu’aujourd’hui, le Niger est retourné à la démocratie.
Monsieur Yimga Tatchi se pose la question comment sortir des crises alimentaires. Il explique que
· « les interventions humanitaires ne font pas tomber la pluie, n’organisent pas les producteurs à la base, n’organisent pas les filières agricoles et d’élevage, ne développent pas de nouvelles variétés de semences, ne modifient pas les rapports de force autour de l’accès à la terre, ne favorisent pas l’accès durable aux ressources financières, ne vulgarisent pas les itinéraires techniques agricoles, ne transforment pas les conseils municipaux et institutions communales, ne développent pas les capacités nationales à mettre en œuvre effectivement les choix politiques, elles n’augmentent pas les budgets des ministères, ne luttent pas contre la corruption ».
Pour conclure, Monsieur Yimga Tatchi présente quelques mesures urgentes pour améliorer la situation alimentaire. Il faut
· « sortir de l’urgence humanitaire » et gérer les risques des crises alimentaires,
· « sortir de la religion des bailleurs de fonds étrangers », et
· « arrêter de compter sur la pluie ».
Monsieur Yimga Tatchi attire l’attention sur l’« initiative 3N » : « Les Nigériens nourrissent les Nigériens ».
Communication de Florence Rolle, agent principal de liaison, FAO, Washington, DC
Mme Rolle s’interroge sur la question s’il est possible de vaincre les famines dans le monde. Au cours de ses années de travail, elle a notamment passé trois ans en Éthiopie sur le terrain et à Rome où elle a fait des analyses globales.
Selon Mme Rolle, les famines sont non seulement un problème national, mais aussi un problème global. Mme Rolle affiche le « FAO Hunger Map 2010 » : elle indique que l’Afrique subsaharienne est particulièrement affectée par les famines. Elle explique que les « pays en crise prolongée » se trouvent dans une situation particulièrement grave, ils souffrent d’une « gouvernance faible » qui lie à des famines.
Mme Rolle constate qu’il faut investir dans le secteur de l’agriculture. Comparé à l’investissement dans d’autres secteurs, l’investissement dans l’agriculture a un impact important sur les pauvres. Selon elle, investir dans l’agriculture veut dire réduire la faim. Cet acte lutte en même temps contre la pauvreté.
Mme Rolle montre que les investissements publics internationaux dans l’agriculture ont diminué dans le passé. Cependant, aujourd’hui, on voit une volonté de revenir à l’agriculture. Il faut noter que l’aide publique internationale ne constitue que 2% à 3% de l’investissement total, il s’agit donc d’une très petite part. Les investissements de capital fixe en agriculture ont ralenti.
Selon Mme Rolle, les deux facteurs clé pour lutter contre la faim sont
1) l’investissement et
2) les gouvernements stables.
Les prix des denrées alimentaires dans les pays ont augmenté pendant la crise (exemples : le riz, le blé, le maïs). La sous-nutrition a augmenté notamment dans les pays importateurs de denrées alimentaires. Dans plusieurs pays, on observe une augmentation des prix qui est accompagnée d’un abaissement de la sous-nutrition. Dans ces cas, les pays profitent de l’augmentation des prix. Dans d’autres cas, l’augmentation des prix est accompagnée par l’augmentation de la sous-nutrition. Ces pays souffrent donc des conséquences négatives.
Au sujet de la question « comment vaincre les famines », Mme Rolle nomme l’exemple du Brésil et de ses politiques nationales de combat de la faim. Les éléments stratégiques sont :
1. l’ « engagement politique »
2. un « système de protection pour les pauvres » (des programmes pour l’emploi et pour la croissance des revenus).
Dans cette stratégie, le cadre institutionnel est d’une grande importance. Il est aussi important d’avoir à sa disposition des ressources destinées à cette cause. Ce type de programme fut également réalisé dans d’autres pays, comme au Malawi, au Kenya, en Mozambique, en Zambie, en Éthiopie et d’autres. Le Ghana a été le récipiendaire du prix mondial de l’alimentation pour son programme exemplaire.
La FAO a été fondée au Québec en 1945. Mme Rolle s’interroge sur la situation de la FAO 65 ans plus tôt. Elle explique que les propositions d’autrefois sont similaires à celles d’aujourd’hui. Cependant, elle constate que la mise en place des propositions à la conférence en 1974 a échouée. Aujourd’hui, plusieurs changements sont en train d’être mise en place : il s’agit
· d’une « réforme en profondeur de la FAO » : tous les pays étaient d’accord qu’une évaluation de la FAO était nécessaire. Néanmoins, il est devenu évident que la FAO est une organisation importante ayant un rôle clé.
· d’une « réforme des autres institutions et des centres de recherche »
· d’une « réforme du Comité pour la Sécurité Alimentaire »
· de l’établissement des « partenariats plus forts » et de l’élection d’un nouveau directeur général de la FAO.
Mme Rolle souligne que la « réduction de la faim » constitue un but important pour le nouveau directeur général de la FAO, José Graziano da Silva (venant du Brésil).
Période de questions
Q: Est-ce que vous croyez encore à l’ONU et à ses compétences? Peut-on vraiment reformer l’ONU?
A (Florence Rolle): L’ONU est excessivement complexe. La FAO est une agence spécialisée qui répond à la « conférence » qui est formée de 199 membres qui ont des besoins différents. En plus, il y a de nombreux mécanismes globaux qui entrent en jeu.
Q: Personnellement, je crois à l’ONU. La volonté principale politique est souvent contrariée à la volonté des organisations comme la FAO. Cela souligne le besoin des organisations comme l’ONU. Ma question : pensez-vous que les pays qui souffrent de la famine, comme la Chine, le Brésil ou l’Inde, et qui ont réussi à s’attaquer au problème, vont ouvrir un chemin pour d’autres pays?
A (Florence Rolle): Personne n’a la réponse, mais les choses laissent prévoir que la situation s’améliora et qu’on va avancer.
Q : Est-ce que le sujet de la famine était toujours prédominant pour la FAO?
A (Florence Rolle): La pauvreté et la faim étaient des missions clé pour la FAO dès le début. D’autres aspects importants sont entre autres : le développement agricole durable, la malnutrition et les problèmes environnementaux.
Q : La FAO est-elle est un organe politisé?
A (Florence Rolle) : La FAO fonctionne sur deux modes : le budget annuel de la FAO, soit $600.000.000, venant des différents pays (un pays correspond à un vote), et le produit intérieur brut (PIB). Il y a aussi des ressources extrabudgétaires. Les donateurs ont des politiques d’assistance différentes : tandis qu’un pays favorise la cause des femmes, un autre pays attribue de l’importance à une cause différente.
Q : Ma première question : quelle est votre opinion sur la pêche illégale en Somalie?
Ma deuxième question : la Somalie se distingue dans une vingtaine de productions. Est-ce que le problème n’est pas plutôt une mauvaise intervention quand il s’agit des fonds qui sont donnés par l’ONU et la FAO? Est-ce qu’ils investissent dans les mauvaises industries?
A (Florence Rolle) : Mme Rolle n’a pas d’informations sur la pêche illégale en Somalie. En ce qui concerne l’investissement, la FAO travaille avec ce qui existe en place. La FAO adapte son intervention aux conditions actuelles dans les pays. Dans le cas de la Somalie, elle fait face à un gouvernement qui n’est pas stable et à un système bancaire particulier (qui fonctionne sans institution bancaire).
Remerciement des conférenciers, résumé de la conférence et des idées exprimées, ouverture de la réflexion et mots de conclusion par Mme Hélène Delisle